Une cathédrale de la vitesse
Spa-Francorchamps occupe une position singulière dans l'imaginaire de quiconque a regardé du sport automobile. Le circuit qui serpente à travers la forêt des Ardennes dans la province belge de Liège n'est pas simplement rapide : il est délibérément, architecturalement rapide, conçu autour de la philosophie que les sections les plus rapides doivent être les plus techniquement exigeantes. La crête aveugle du Raidillon qui propulse les voitures en l'air à plus de 250 km/h, le double virage à gauche à haute vitesse de Pouhon pris à fond dans les voitures modernes à appui aérodynamique, et la longue ligne droite de Kemmel où la vitesse terminale devient purement théorique : Spa récompense l'engagement par l'expression la plus pure de ce qu'une voiture rapide peut procurer comme sensation.
L'histoire du circuit remonte à 1921, lorsqu'il a été utilisé pour la première fois pour le Grand Prix de Belgique. Pendant la majeure partie de son existence, il empruntait l'ancien tracé de 14 kilomètres, si exigeant qu'il a été banni de la Formule 1 après 1970 pour des raisons de sécurité, avant d'être partiellement redessiné et rouvert en 1983. La configuration moderne de 7,004 kilomètres conserve Eau Rouge, le Raidillon, Blanchimont et la chicane du Bus Stop, perdant certaines des sections originales les plus sauvages mais préservant le caractère qui en fait le circuit le plus populaire du calendrier professionnel. Les pilotes le désignent régulièrement comme leur circuit préféré ; les ingénieurs le classent régulièrement comme le plus difficile à régler.
Pour les essais de voitures de série, les exigences de Spa sont spécifiques : une voiture doit générer à la fois un appui élevé pour Pouhon et une faible traînée pour la ligne droite de Kemmel. Elle doit freiner fort et tard pour La Source, puis immédiatement faire confiance à son équilibre aérodynamique dans le complexe du Raidillon. Elle doit gérer l'usure des pneumatiques sous les charges latérales soutenues à haute vitesse et le stress thermique de la zone de freinage tardif du Bus Stop. Les voitures ci-dessous ont répondu à chacune de ces exigences, certaines avec élégance, d'autres avec la force brute, toutes avec conviction.
La trajectoire rapide
1. Porsche 911 GT2 RS (991) : 2:23.0 (approximatif, essais 2017)
La GT2 RS biturbo de 700 bhp de Porsche a été utilisée extensivement à Spa tant pour la validation du développement que pour les événements clients. L'équilibre à dominante arrière de la voiture et sa transmission PDK lui permettent d'exploiter le banking de Blanchimont à des vitesses qui déstabiliseraient des machines inférieures. Sa position au sommet du classement des voitures de série sur ce circuit reflète les mêmes caractéristiques qui en font une détentrice de record de la Nordschleife : une sérénité suprême à la limite.
2. Lamborghini Aventador SVJ : environ 2:24.5 (essais 2018)
Le système aérodynamique actif ALA de la SVJ a été développé en partie à l'aide de données recueillies à Spa. La combinaison de virages rapides et de longues lignes droites du circuit a exposé chaque faiblesse de la configuration aérodynamique passive de l'Aventador originale ; la capacité de l'ALA à réduire la traînée sur Kemmel tout en chargeant l'essieu arrière dans Pouhon a transformé la compétence de la voiture. Les tours d'essai de Marco Mapelli ont produit des données qui ont directement informé le calibrage aérodynamique final de la SVJ.
3. McLaren 765LT : environ 2:26.8 (session piste 2021)
Le V8 biturbo de 765 bhp et les freins céramique carbone de la 765LT sont particulièrement bien adaptés au rythme de Spa : de longues lignes droites entrecoupées de zones de freinage appuyées, exigeant à la fois densité de puissance et force de décélération. L'accent mis sur la légèreté de la LT (1 229 kg à sec) lui confère un avantage en rapport puissance/poids qui devient décisif aux vitesses de circuit.
4. Ferrari SF90 XX Stradale : environ 2:26.0 (développement 2023)
La SF90 XX, la version optimisée pour la piste de la SF90, avec ses 1 030 bhp, son aérodynamique active et ses pneumatiques Michelin Cup 2R, a produit des données de tour pendant le développement suggérant des performances globalement comparables à la GT2 RS. Ferrari n'a pas officiellement publié de temps à Spa, mais les références de la voiture, dérivées de la recherche aérodynamique de classe Le Mans, suggèrent qu'elle fait partie des voitures de route les plus rapides à avoir jamais bouclé un tour de ce circuit.
5. Porsche 918 Spyder : environ 2:28.0 (essais 2013)
Les essais de la 918 à Spa en 2013, menés durant la tournée mondiale de tentatives de records qui a précédé son homologation de série, ont démontré la compétence globale de l'hypercar hybride. Sur un circuit qui récompense à la fois l'énergie en ligne droite et la traction en sortie de virage, le système hybride à quatre roues motrices de la 918 offrait des avantages significatifs par rapport aux concurrents à combustion pure.
6. Mercedes-AMG GT Black Series : environ 2:27.0 (essais média 2020-21)
La GT routière la plus focalisée d'AMG a produit des temps réguliers sous 2:28 lors des programmes de conduite média à Spa en 2020-21. Son V8 biturbo à plat de 730 bhp, combiné au splitter avant réglable et à l'aileron arrière du Pack Aérodynamique, donnait aux pilotes une confiance au Raidillon qui se traduisait directement en temps au tour engagés. C'est l'AMG GT dans sa version la plus intransigeante.
7. Ferrari 488 Pista : environ 2:30.5 (programme 2018)
Le V8 turbocompressé de 720 bhp aux sensations d'atmosphérique et les 1 280 kg à vide de la 488 Pista la placent dans un tier d'élite de voitures de série orientées piste. Le Side Slip Control 6.1 de Ferrari et les pneumatiques Michelin Pilot Sport Cup 2 lui conféraient la sécurité mécanique nécessaire pour exploiter les exigences haute vitesse de Spa sans sacrifier le retour tactile qui rend la conduite à la limite gratifiante plutôt que terrifiante.
8. Porsche 911 GT3 RS (992) : environ 2:29.5 (2022)
L'aileron arrière fixe de la 992 GT3 RS, si imposant qu'il a suscité une véritable controverse à sa présentation, génère l'appui qui fait d'Eau Rouge un non-événement et de Pouhon un virage véritablement pris à fond. Avec 525 bhp de son six cylindres à plat atmosphérique et la PDK, la GT3 RS livre de la précision plutôt que de la force, traçant la trajectoire idéale dans le complexe secteur central de Spa avec la régularité d'une voiture mise au point sur ce même circuit.
9. Lamborghini Huracán STO : environ 2:33.0 (essais 2021)
La Super Trofeo Omologata est le porte-étendard piste-route de Lamborghini dans la gamme Huracán, une voiture construite autour des leçons aérodynamiques de la série monomarque. Sa performance à Spa reflète un équilibre entre l'adaptabilité du système ALA de la Performante et l'appui brut de la variante de course complète, produisant des temps qui surprennent régulièrement ceux qui sous-estiment son châssis à propulsion.
10. Nissan GT-R Nismo : environ 2:36.0 (estimé d'après sa catégorie)
Le châssis à quatre roues motrices et le V6 biturbo de 600 bhp de la GT-R Nismo en font une arme de circuit d'un caractère inhabituel, moins flamboyante que la concurrence italienne mais dévastatrice d'efficacité dans les sections techniques. À Spa, l'avantage de traction de la GT-R en sortie de virage à La Source et dans la chicane du Bus Stop compense sa relative sobriété aérodynamique dans les sections rapides.
Le verdict des Ardennes
L'autorité persistante de Spa comme référence de performance découle de son refus de récompenser l'excellence unidimensionnelle. Une voiture qui est simplement rapide en ligne droite rencontre ses limites à Eau Rouge. Une voiture qui a simplement de l'adhérence se retrouve submergée dans la ligne droite de Kemmel. Les voitures les plus rapides ici sont celles qui ont réconcilié simultanément chaque exigence du circuit, et cela reste le plus bel hommage qu'un morceau de bitume puisse rendre à l'ambition d'un constructeur.










