Trois absolus différents
Demandez à une assemblée de passionnés quelle voiture représente le sommet de l'ère actuelle des supercars et vous n'obtiendrez pas un consensus, vous obtiendrez un débat. La Ferrari SF90 Stradale, la McLaren 765LT et le Lamborghini Revuelto ne se disputent pas la même couronne, car ils n'occupent pas le même territoire philosophique. La réponse de Ferrari à l'ère de l'électrification a été d'ajouter trois moteurs et de produire un véhicule thermique qui accélère comme un véhicule électrique. La réponse de McLaren a été l'inverse : retirer tout ce qui n'était pas essentiel jusqu'à ce que le conducteur et la route ne soient séparés que par le minimum de masse possible. La réponse de Lamborghini a été de refuser la prémisse tout court, en conservant un V12 si spectaculaire qu'il rend le débat purement académique.
Ce qui rend cette confrontation singulièrement révélatrice, c'est que les chiffres de performance convergent tandis que les caractères divergent. Les trois voitures atteignent 100 km/h en environ 2,5 secondes ; les trois dépassent 330 km/h ; les trois coûtent plus cher que la plupart des maisons. Pourtant, la SF90 atteint sa vélocité par l'élégance computationnelle : quatre roues motrices, déploiement d'énergie hybride, vectorisation du couple opérant plus vite que le système nerveux du conducteur. La 765LT y parvient par la pureté : à 1 229 kg, elle affiche un rapport puissance/poids qui la place dans la compagnie de voitures coûtant deux fois plus cher. Le Revuelto y parvient grâce à un V12 atmosphérique de 6,5 litres montant à 9 500 tr/min, complété par trois moteurs électriques qui existent non pas pour remplacer le caractère du moteur mais pour l'amplifier.
C'est une confrontation qui définit une génération. Chaque voiture signale ce que son constructeur estime qu'une supercar doit privilégier dans les années 2020 : l'intelligence, la légèreté ou le théâtre mécanique irremplaçable. La réponse avec laquelle vous êtes d'accord en révèle davantage sur vous que sur les voitures.
Les chiffres
Ferrari SF90 Stradale : l'arme intelligente
La SF90 Stradale est la voiture de route la plus techniquement complexe de l'histoire de Ferrari. Son V8 4.0 litres biturbo est complété par trois moteurs électriques, un entre le moteur et la boîte de vitesses, deux entraînant l'essieu avant, pour une puissance combinée de 1 000 bhp. Le système est géré par une unité de contrôle centrale qui distribue le couple sur les quatre roues en temps réel, avec des temps de réponse mesurés en millisecondes. En mode tout-électrique, la SF90 peut parcourir jusqu'à 25 km à des vitesses inférieures à 135 km/h. En mode Qualifying, tous systèmes à l'attaque maximale, elle couvre le 0-100 km/h en 2,5 secondes et atteint 340 km/h. La désignation Stradale indique le pack aérodynamique fixe ; l'option Assetto Fiorano ajoute des éléments en fibre de carbone et des pneus Michelin Pilot Sport Cup 2R pour les acheteurs orientés circuit. C'est un chef-d'œuvre d'intégration : rien dans ses performances ne semble hybride, parce que rien dans son caractère ne semble compromis.
McLaren 765LT : la réponse du puriste
La 765LT avance son argument par l'omission. À 1 229 kg, elle est 80 kg plus légère que la 720S standard dont elle dérive, une réduction obtenue grâce à un échappement en titane, des sièges en fibre de carbone, la suppression de l'insonorisation et un audit impitoyable de chaque composant face à la question : est-ce nécessaire ? Son V8 4.0 litres biturbo développe 765 bhp et 800 Nm, transmis par une boîte à double embrayage sept rapports aux seules roues arrière. Il n'y a pas de moteurs électriques, pas de vectorisation de couple, pas d'aérodynamique active au-delà de ce que l'aileron arrière fixe procure. Ce que la 765LT offre à la place est une franchise de communication entre conducteur et route que les voitures électrifiées à quatre roues motrices ne peuvent reproduire : chaque imperfection du revêtement, chaque degré de lacet, transmis par la direction et le châssis avec une précision chirurgicale. Son 0-100 km/h en 2,8 secondes est le plus lent des trois, un fait qui devient totalement hors de propos la première fois que vous la conduisez près de ses limites.
Lamborghini Revuelto : le V12 vit encore
Le Revuelto est la déclaration définitive de Lamborghini que le V12 atmosphérique n'est pas simplement préservé mais élevé pour l'ère hybride. Son V12 de 6,5 litres développe 814 bhp et monte à 9 500 tr/min ; trois moteurs électriques contribuent 187 bhp supplémentaires, portant la puissance combinée du système à 1 001 bhp. Contrairement à l'approche de Ferrari, où le système hybride est architecturalement intégré, Lamborghini traite les moteurs électriques comme des amplificateurs, chacun positionné pour renforcer les caractéristiques du V12 plutôt que pour s'y substituer. Deux moteurs sur l'essieu avant assurent la vectorisation du couple ; un sur la boîte de vitesses fournit le couple de démarrage. Le résultat est une voiture qui accélère à la vitesse d'une hybride mais sonne comme rien d'autre actuellement en production. À 9 500 tr/min, le V12 du Revuelto produit un son qui n'a aucun équivalent automobile, une fréquence mécanique qui court-circuite toute évaluation rationnelle.
Verdict
Si c'était purement une compétition de performance, la SF90 gagnerait. Son avantage computationnel, la capacité de déployer exactement le bon couple à chaque roue à chaque instant, produit un niveau de compétence objective que ni la 765LT ni le Revuelto ne peuvent égaler sur le papier. Sur le sec, sur circuit, avec un pilote compétent, la SF90 sera la plus rapide.
Mais les supercars ne s'achètent pas sur tableur. La McLaren 765LT est le choix de ceux qui croient que la relation entre le conducteur et la machine doit être sans intermédiaire, que la meilleure supercar est celle qui communique le plus honnêtement, même si cette honnêteté inclut occasionnellement du survirage. Le Revuelto est le choix de ceux qui croient qu'un V12 à neuf mille tours/minute est une expérience humaine irremplaçable, que la performance sans cérémonie n'est que de la vitesse. La SF90 est le choix de ceux qui veulent le futur maintenant. Les trois ont raison. C'est ce qui rend cette génération de supercars si extraordinaire.



